

Titien /vs/ Manet : Le parricide.
« Le public du salon de 1865 ne fut pas long à dénoncer en 0lympia, nom à clef, une déesse déchue, une prostituée ordinaire, au corps chétif et ignoblement insistant... Pourtant la main que victorine Meurent pose sur son pubis venait de Titien, dont Manet avait copié la Vénus d'Urbin lors de son tour italien. Pour égaler les maîtres, agir en singe ne suffisait plus. Force était de les rajeunir sur le motif, en couchant les anciennes divinités sur les draps douteux d'un bordel impérial.
L'Olympe rayonnait d'impudeur à nouveau. » S.G BAM Août 2008.
Tour de force d'actualisation, plus de trois siècles séparent les deux œuvres.
Collage imaginaire où la peinture reste peinture, le médium n'est que mélange de mélanges, le peintre tient son spectateur, joue avec l'ambiguïté de la représentation, sans jamais toucher à la monstration crue de ses concepts.
Le rebondit, l'amortit du buissonnet bien taillé, la vertu canine face au poil irissé du chat; entre éloge et pamphlet on retrouve aussi « la fente » représentée, mise en valeur par la coinçure des draps dans les sommiers, ainsi que les drapés et autres coussins rappelant quelques anatomies intimes.
Chez Titien il n'y à pas d'interaction directe entre vénus et les personnages au second plan, il existe cependant un respect tacite, aveugle qui entrouvre tout de même un coffre sombre où se rejoignent jeunesse et maturité dans un soupçon de découverte infinie, renforcer par une ouverture vers le ciel.
Vénus est une figure déïque antique: idéalisation de toutes les courbes, respect du corps, sensualité extrême, elle modélise une représentation du corps féminin au-delà des signifiants maternels ou sexuels. Vénus ne meurt pas, elle ment.
Chez Manet tout converge et nous oppresse au regard insistant de Victorine, un espace fermé, un point vu très frontal, tout est proche d'elle, seule la servante se fond dans le décors, mais est d'autant plus présente par le foisonnement de couleurs qu'elle amène avec ce bouquet, et peut-être apporte-t-elle aussi un pécher antique de la surprise, qui associé à la posture et au regard de Victorine tourne quelque peu la scène au ridicule, (vertu de l'auto-dérision, où pied de nez direct au maître?).
Victorine Meurent, muse de Manet, est quand à elle représentée de façon très réaliste, une femme de son époque portant fièrement les coquetteries en vogue au 19eme siècle, affichant sa petite taille, ses ombres portées sont franches, l'ossature saillante, la peau est pâle, le teint blafard, elle s'inscrit directement dans le temps et exprime sa vulnérabilité face à la vie, il y a un transfert d'aura entre le modèle et sa représentation. Vénus n'est alors qu'un simple trompe la mort.
Manet par sa peinture ne s'efforce pas seulement de rajeunir quelque motifs antiques, il crait certainement avec cette œuvre l'éloge de la fragilité et de la beauté d'un corps.
Et offre ainsi à Victorine le plus beau gisant qu'il puisse y avoir.